La flamme de la mémoire

 

Retour sur le 24 et 25 avril 2026, deux jours de commémoration gravés dans notre coeur et dans celui des familles qui nous ont accompagné dans ce périple, deux jours pour honorer nos anciens et transmettre leur histoire

 

Photo Virginie Douay
Photo Virginie Douay

 
 

Vendredi 24 avril, le bus de l’ADGVC44 quittait Ancenis en direction de Paris. Nous étions une trentaine à bord : des membres de l’association, des familles de voyageurs de Loire-Atlantique, mais aussi des gadjé, élus, représentants associatifs et une journaliste venue suivre ces deux journées pour Ouest-France.

 

Très vite, une évidence s’est imposée : nous ne partions pas seulement à Paris pour nous souvenir. Nous partions chercher une reconnaissance attendue depuis des générations.

 
 

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Vendredi 24 avril 2026

Acte 1 — Dans le bus direction Paris

Avant même d’arriver à Paris, la mémoire était déjà là.

Au fil du voyage, des enfants et petits-enfants d’anciens internés ont partagé leurs souvenirs de famille : le froid, la faim, l’horreur des camps, mais aussi les silences et les traumatismes transmis d’une génération à l’autre.

Dans leurs paroles, il y avait de la douleur, bien sûr. Mais aussi beaucoup d’espoir. L’espoir que cette histoire soit enfin reconnue, qu’elle soit connue des plus jeunes et qu’elle contribue à changer le regard porté aujourd’hui sur les Gens du Voyage.

Comme le dit Bruno en pensant à sa mère internée : cette flamme, c’est aussi pour eux.

Merci à Sabrina, Bruno et Patricia pour leur témoignages.

 

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Vendredi 24 avril 2026

Acte 2 — Cérémonie de la Flamme, sous l’Arc de Triomphe — Paris 8

À notre arrivée à Paris, l’excitation était palpable. Pour beaucoup, cette cérémonie représentait une reconnaissance attendue depuis longtemps.

Sous l’Arc de Triomphe, l’atmosphère a changé, beaucoup de voyageurs sont venus nous rejoindre. Tout était solennel, empreint de gravité. Chacun a pu se recueillir devant la tombe du Soldat inconnu, dans un moment chargé de sens et d’émotion.

Lorsque Tenessy et Elsa se sont avancées pour recueillir la flamme de la Nation, l’émotion était palpable. Dans leurs mains, deux lanternes offertes par un voyageur gravement malade qui ne pouvait être présent, mais qui tenait à participer, lui aussi, à ce moment historique.

Puis le recueillement s’est transformé en fierté et en joie.

La joie d’avoir porté jusqu’ici la mémoire des anciens. La joie d’avoir été vus, entendus et reconnus. La joie, peut-être, d’avoir gagné une petite victoire contre l’oubli.

 

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Samedi 25 avril 2026

Acte 3 — Retour de la flamme au camp de la Forge — Moisdon-la-Rivière

Le lendemain matin, nous nous retrouvions à Moisdon-la-Rivière, sur le site même du camp de la Forge.

Malgré la fatigue du retour de Paris, la plupart des voyageurs présents la veille avaient tenu à revenir, pour partager ce moment tous ensemble.

Autour de la stèle, plusieurs centaines de personnes s’étaient réunies : moisdonnais, associations, représentants de l’État, élus et familles.

Les discours ont rappelé l’histoire du camp, mais aussi l’importance de transmettre cette mémoire aux générations futures. Non seulement pour rendre justice à celles et ceux qui ont souffert ici, mais aussi pour rappeler ce que peuvent produire la peur de l’autre, les préjugés et l’exclusion lorsqu’ils deviennent la norme.

Le Chant des Partisans, puis une chanson tsigane ont accompagné ce moment de recueillement particulièrement émouvant.

Cette année, la cérémonie prenait une dimension particulière. La France pourrait prochainement reconnaître officiellement le génocide des Tsiganes et des Voyageurs pendant la Seconde Guerre mondiale, une reconnaissance attendue depuis des décennies.

Nous avions le sentiment de vivre un moment historique.

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Extraits des discours de la commémoration 2026

 
 

Merci à Dominique Ploteau, adjoint au maire de Moisdon-la-Rivière — Jérôme Alemany, vice-président du Conseil départemental — Jean-Claude Raux, député de la 6ᵉ circonscription — Ségolène Amiot, députée de la 3ᵉ circonscription — Marie-Pierre Bessin Guérin, sénatrice — Éric De Wispelaere, sous-préfet de Saint-Nazaire

 
 

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Samedi 25 avril 2026

Retour sur deux jours beaux et intenses

Lorsque les cérémonies se sont achevées, un même sentiment revenait dans les témoignages : la fierté.

La fierté d’avoir porté la mémoire des anciens jusqu’à l’Arc de Triomphe. La fierté de voir de plus en plus de monde se rassembler autour de cette histoire. La fierté, enfin, d’être entendus.

Yannick Perron, président de l’ADGVC44, rappelait qu’il y a quelques années encore, ils n’étaient qu’une poignée à porter cette mémoire. Aujourd’hui, plusieurs centaines de personnes se sont réunies à Moisdon-la-Rivière pour se souvenir ensemble.

Pour les familles, ce n’est qu’une étape. Beaucoup espèrent voir cette reconnaissance se poursuivre, avec davantage de transmission, davantage de visibilité et, pourquoi pas, un jour, un lieu de mémoire portant le nom de celles et ceux qui ont vécu ou perdu la vie dans les camps.

Pendant deux jours, la mémoire a circulé entre les générations, entre Voyageurs et gadjé, entre histoire familiale et histoire collective.

Deux jours de recueillement, de transmission et d’espoir.

Deux jours dont beaucoup se souviendront longtemps.

Merci à tous ceux qui nous ont suivi dans cette aventure : voyageurs, gadjé et élus. C’était beau de partager toutes ces émotions ensemble.

 

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Samedi 28 mars 2026

Acte 0 — Avant la flamme

Quelques semaines avant les cérémonies de Paris et de Moisdon-la-Rivière, l’ADGVC44 et l’association La Mée Tisse organisaient à Saint-Vincent-des-Landes une journée consacrée à l’histoire de l’internement des Gens du Voyage pendant la Seconde Guerre mondiale et le camp de la Forge : « Une histoire oubliée : Gens du Voyage 1939-1946 ».

Exposition sur le camp de la Forge, projection du film « Liberté » de Tony Gatlif, diffusion de Caravane, ton univers impitoyable et conférence-débat avec Bernard Pluchon, sociologue et coprésident du SRI, Dominique Raimbourg, président de la Commission nationale consultative des Gens du Voyage, Christophe et Noémie de l’ADGVC44 : autant d’occasions de faire connaître une histoire encore trop souvent méconnue.

Ce qui frappe lors de ces rencontres, c’est qu’il y a presque toujours quelqu’un qui découvre cette histoire pour la première fois.

Alors nous continuons à raconter, à transmettre et à créer des espaces de dialogue. Parce que cette histoire ne concerne pas seulement les familles qui l’ont vécue. Elle fait partie de notre histoire commune.

 
 

Se souvenir, ce n’est pas regarder le passé avec nostalgie. C’est comprendre où peuvent mener les préjugés, le rejet de l’autre et l’indifférence lorsque personne ne les combat.

À l’heure où les discours de haine se banalisent à nouveau, transmettre cette mémoire est plus nécessaire que jamais.

 
 

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Extraits du débat : Journée Mémoire « Une histoire oubliée Gens du voyage 1939-1946 » – Voir le débat complet